Adolescence : étre parent à quinze ans

Article publié dans Le Mauricien en 2006

Le dernier rapport de l’Ombudsperson for children, publié il y a quinze jours, fait état d’une hausse dans le nombre de grossesses chez les mineures, rapporté au ministère de la Femme. De 53 en 2003, il est passé à plus de 119 pour l’année 2005. Infirmiers, enseignants, travailleurs sociaux s’inquiètent de ce nouveau “phénomène social”. Qui engrange son lot de conséquences dramatiques pour la jeune mère, sa famille et bien sûr, son bébé.

Un rapport de 2003 fait état d’une jeune mère qui, à l’âge de 19 ans, accouchait de son cinquième enfant. Pour 2001/02, le rapport du ministère de la Santé notait 1964 accouchements de mères de 15 à 19, dont un peu moins d’une centaine en étaient à leur troisième enfant. Par ailleurs, une infirmière évoque le cas d’une fille de seize ans qui en est à son troisième avortement.

Pas de témoignage live pour ce dossier qui exige, encore plus que les autres, un souci de préserver le caractère unique de chaque histoire de vie. A défaut de pouvoir généraliser un phenomène dont les causes sont aussi variées que propres à chaque famille, Le Mauricien recueille ici les avis de plusieurs professionnels sur le terrain, ces derniers brossant un tableau somme toute alarmant.

Une jeune adolescente de treize ans accouche à l’hôpital de son premier enfant. On la retrouvera deux ans plus tard - à quinze ans donc – pour qu’elle donne naissance à son deuxième enfant. Une autre de douze ans et huit mois, arrivée à l’hôpital avec une hémorragie et à qui il faut effectuer une césarienne. Un collège coté des Plaines-Wilhems qui voit, rien que pour l’année 2006, six de ses élèves enceintes, dont la plus jeune a quatorze ans. (Le Mauricien apprendra que toutes se feront avorter). Des adolescentes effondrées lorsqu’à  l’annonce d’une grossesse, le petit ami nie étre le père de l’enfant, les accusant d’avoir eu d’autres partenaires.

Ces faits nous ont été décrits par divers professionnels, inquiets de l’étendue du nombre d’adolescentes qui “tombent” enceintes. Et de dénoncer la banalisation de l’acte sexuel.

Si plusieurs associations, à l’instar du Mouvement d’Aide à la Maternité (MAM), de Pils ou d’EVA (Education à la vie et à l’amour), tentent de proposer des actions d’accompagnement, toutes évoquent l’urgence d’une vraie politique de prévention. A l’école de Catéchèse de Rose-Hill, des cours sont donnés à des éducateurs dont la mission est de transmettre à leur tour les valeurs entourant l’acte sexuel. Trois axes principaux y sont abordés : l’anatomie, la psychologie et la morale. De plus en plus de collèges privés font appel aux animateurs d’EVA pour qu’ils abordent auprès des jeunes ce qui n’existe pas encore dans le programme scolaire, à savoir, la sexualité dans sa dimension relationnelle et humaine.

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